05
juin
2021
La Wifi est dans la conversation
J'ai envie de crier, de vociférer comme une bête en proie au refus de "crever". J'ai envie de hurler, de vous stopper dans vos manies de ne plus pouvoir lâcher vos bécanes, Chaque fois que je dois faire face au mur de google ou de l'écran imposteur, mon sang ne fait qu'un tour, mon regard se durcit, une furie monte du plus profond.
Oui, je le confesse sans retenue, dès que mon interlocuteur dégaine son engin insupportable pour vérifier ce que je dis j'ai envie d'arrêter sa main, de lui dire sans coup férir que mes dires, même les pires, pourraient suffire à remplir notre désir de prendre plaisir sans nous abrutir.
Mais pourquoi faudrait-il que nos rencontres au coin des rues soient filtrées par une encyclopédie chargée de tout contrôler. Pourquoi n'aurais-je pas le droit de mentir, d'exagérer, de fabuler, d'en rajouter ou même d'entourlouper. Mais il y a pire...lorsque je suis en train de m'arracher le cervelet à trouver une pensée et que soudain mon voisin ou mon cousin s'élance sur son écran pour lire ses derniers courriers. C'est plus fort que moi, je ne supporte pas ces injonctions à céder le pas au "progrès" alors que je suis en train de franchir laborieusement la frontière qui me sépare de mon frère humain.
Et de surcroît, que l'on ne vienne pas m'expliquer avec emphase et mépris à peine dissimulé qu'il faudrait que je m'habitue à la dictature des nouveaux usages relationnels. Mes cheveux argentés donnant raison à mon inaptitude à comprendre quoi que ce soit à cette culture omniprésente de la connaissance spontanée au bout des doigts. Exigence totalitaire de devoir toujours être ailleurs quand l'autre s'échine à être là, tout donné à vous, à vous écouter religieusement.
Non, non et non. Les derniers ragots de "Google le perroquet" ou le dernier chiffre de Wikipédia n'est ni le savoir, ni la connaissance, il n'est parfois que ce que le dernier fada du net a mis dans le panier encyclopédique dont je devrais me rassasier. La machine la plus intelligente n'est pas à hauteur d'une parole humaine qui espère la vérité du côté d'une relation vraie et authentique.
La culture n'est pas une compilation de données, elle est un travail de l'esprit, exigeant et laborieux. Il ne suffit point de savoir que Montaigne a dit que "pour penser il faut apprendre à mourir", encore faut-il être suffisamment familier de cet auteur pour contextualiser le sens de chacun des mots picorés dans le dico. La lettre ne fait pas le mot, le mot ne fait pas la phrase, pas plus que le texte, et le texte encore moins le livre. Le style, le contexte, la musicalité, l'élan d'une parole adressée ne remplaceront jamais les mots morts de nos plates discussions soumises au diktat de big brother.
Vous l'aurez compris, la prochaine fois que je converse avec vous, oubliez un instant votre machine vitrée et laissons-nous porter par la jubilation d'une conversation dévissée de nos prétentions à enfermer l'autre dans des définitions. Merci mille fois pour tant de bienséance. Marc Maronne
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