Voici le hameau abandonné de Périllos, si ce n'est la volonté de le restaurer à l'initiative d'une association de bénévoles.
Texte et photos de Philippe Dubedat ....
Montoullié de Périllou. La lumière sur le versant au second plan fait écho à celle qui inonde la garrigue.
Il m' a fallu plusieurs jours pour couvrir l'ensemble de ce territoire du Val Oriola qui circonscrit la Serre de Vingrau, le plateau de la Salvaterra, le vieux village de Périllos, la grotte de la Caune, le Roc Rodoun et le Montoullié de Perillou. A la faveur des chemins qui montent vers la Serra de la Gran Cremada, il s'offre au regard un panorama embrassant tout à la fois, la Serre de Vingrau, le hameau du Pas de l'Echelle, la Tour d'El Fare, le village de Périllos, le Plateau de la Salvaterra et le château du même nom, sans oublier El Canigo, le Madres, et une partie du Fenouillèdes.
Village de Périllos. Il est demeuré une oasis de verdure. La nature est merveilleuse.
Ici, le bonheur est immergé dans la griserie de ce territoire aux dimensions cosmiques, qui s'offre au grand ciel, parcouru de l'éternel cortège de nuées poussées par la tramontane, le vent d'Espagne et le Marin. Ici, on se saoul d'odeurs méditerranéennes et d'azur. .
Vieux village de Périllos.
Les nuages, dans leur bienveillance, s'abstiennent de masquer la gloire de ce paysage.
Ce reportage photographique se voulait de mettre en exergue une matière tout en éclat, les éclats mystiques de l'empreinte du temps et des hommes. L'écriture photographique fouille le plein jour des traces de l'activité humaine et invite le regard à se poser, un peu comme un œil fasciné passe et repasse sur le visage endolori de ces paysages des Corbières catalanes. Quelle force a surgi des entrailles de la terre, pour ériger ces pierres autour desquelles, le diable peut-être, coure-t-il avec les sorcières, dans la fièvre des nuits de sabbat, recouvrant de son calme linceul, le corps endormi du Val Oriola. Son âme abandonnée aux silences des avens, des fêlures d'angoisse qui accompagne le promeneur au gré de ses pérégrinations erratiques...
Selon certaines sources, ce serait Jean 1er d’Aragon qui fit construire le château fort et l’enceinte. "la Salvaterra, ( la terre qui sauve. ) pour marquer la frontière nord de son territoire.
Au XIVe siècle, Périllos devint une véritable seigneurie. Il connut de nombreux désagréments comme la peste, le phylloxéra, fut ravagé par les guerres… Cette région se trouve reliée au mystérieux abbé Saunière, pas celui du Da Vinci code, mais celui de Rennes-le-château. Ce curieux pasteur devenu soudain bien riche aurait laissé des indications pour trouver le tombeau secret d'un personnage important de la chrétienté (Jésus ou Joseph d'Arimathie, ). Certains sont persuadés que ce tombeau serait près de Périllos : Pourquoi pas près de la Grotte de la Caune qui fera l’objet d’une prochaine publication...
On peut encore entendre ici, parmi les harmoniques du vent, le chuintement des fantômes qui connurent un rude passé , l’âpre existence de ces plateaux aux ciels
de géhenne. En dépit du caractère de déshérence de ces lieux, ce paysage anthropique nous apparaît comme une empreinte, la signature des hommes liés à la terre, à la nature.
En somme, le paysage s'humanise, et révèle son identité, son appartenance au terroir. Empreintes tangibles de l'occupation humaine ;
Quand les nuées apportées par le "Marin" viennent ceindre le ,Montoullié de Périllou
alors, il se dessinent des îlots de lumière qui glissent de roches en garrigues ,entre le suaire des ombres. Taches mouvantes et éphémères sur l'immobilisme de ces lieux, marquant le pas du temps, dans une éternité où se perçoit l'invisible ponctué d'instants où
l'on entend de confuses paroles, parmi les gémissements de la tramontane..." On raconte qu’un mécanisme secret, serait dissimulé dans l’église. Il permettrait l’ouverture d’un passage vers des souterrains où se trouverait le caveau aménagé de la famille de Pérellos, et qui accessoirement permettraient d’aller entre autres,au point zéro." (Source : Lucie. CERDANYA FOTOGRAFIA. )
plateau de la Salvaterra et château du même nom. En bas à droite de l'image : Village
de Périllos. En arrière-plan : Plaine du Roussillon et massif des Albères.
Quand le soleil descend et jette ses derniers rayons obliques sur le clocher-mur de l'église romane, du xII ème siècle, au pied de laquelle on se faisait baptiser, on se mariait, puis l'on mourait, la lumière, pour un instant seulement, exhume l'écho des clameurs dans l'odeur de l'haleine de ce village qui respire et fait apparaître aux flancs de sa colline, quelque évanescence appartenant au souffle des disparus...La solitude m’avait accompagné et me rappelait à elle, dans les déchirements d’un violent vent d’Espagne. J’aurais pu errer aux confins de ces espaces, dans cette éternité jusqu’à l’instant où la nuit jette dans le ciel ses semailles d’étoiles.
En haut et à gauche de l’image : Roc Rodoun. EN bas à droite : Village de Périllos.Plaine du Roussillon aperçue depuis le Montoulié de Perillos.
On eut dit qu’une brèche temporelle s’était ouverte, qu’il y naissait des légendes dont on ne put chasser les ombres. Les sautes brusques du vent d’Espagne faisait courir de sifflantes présences sur la garrigue, hérissées de lapiaz. Un ciel d’étain s’ouvrait, comme entaillé au scalpel, faisant jaillir des coulées de fusion sur les teintes minérales des Corbières. Puis le ciel se refermait, voilant l’éclat de ce jour de mars, et l’uniformité se répandait sur les roches enténébrées de bouquets de genévrier, surmontées de rochers épars, abandonnées aux frémissements des romarins en fleurs qui exhalaient une odeur poignante. Comme dans la vision d’un rêve, les roches pointaient en éperon soulevées par des forces anciennes où s’incrustaient des îlots de verdure éloignés à perte de vue dont le feuillage éternel devenait bleu à l’horizon des Corbières.
Plaine du Roussillon aperçue depuis le Montoulié de Perillos.
Murmures de l'histoire retenues entre les pierres de ce village dans son écrin de Corbières, au gré des ombres et de la lumière qui courent sur cette terre catalane, comme l'empreinte des hommes qui ont forgé l'histoire, dessiné leurs jardins, comme cet écho nostalgique de l'animation de la vie qui s'organisait d'un village à l'autre, d'hier à aujourd'hui, de Périllos à Opoul.

Le nom Périllos,vient du catalan « perelloner », poirier sauvage. Mais cette poussière d’instants passés en ces lieux, se répand dans un deuil qui n’en finit pas. ce deuil est en suspension dans une lumière tendre, la résurgence de la mémoire des hommes..
Philippe Dubedat

La suite demain ....