
« Le passé est imprévisible »(1)
Chaque coin de la mémoire
Attend son accomplissement
En cet instant présent qui écrit l’histoire.
Le passé espère ce présent
Lequel donne sens aux souvenirs,
Élève mon regard
Au niveau du cœur et de la pensée.
Ce qui fut
Aspire à la profondeur d’une lumière,
A la hauteur d’une clarté,
A la maturité d’un temps
Qui a besoin de profondeur de champ.
Nos regrets, nos égarements
Trouvent dans l’épaisseur du temps
Un aboutissement, un étirement
Puisé dans le sens
Que nous donnons aux événements.
Chaque parcelle du passé
Propulse au-devant
Un élan qui se cherche,
Le moindre grain de mon histoire
Sait que le blé s’impatiente de la récolte.
Au cœur du petit enfant abandonné,
La blessure de n’être pas aimé
Grave en lui
La trace d’un avenir
Qu’il sait accrochée à son innocence.
Les images du passé
Redoublent de réalité
Quand la beauté inscrit
Dans les tourments
La rose des vents
Qui guide nos pas.
Ce que j’ai été,
Ce que j’ai vécu,
Ce que j’ai semé
Creuse en mon âme de poète
L’envie de réengendrer le temps qui est le mien.
Comme le feutre noir
Épouse la blancheur de la feuille,
La trame de mon histoire
Brûle du désir d’apaisement de l’écriture.
Du fond des âges,
Le parfum de la rose du matin
Féconde en ma chair
Le désir de croire en une parole
Qui rend l’avenir chargé des perles de jadis.
Oui,
« Le passé est imprévisible »,
Le temps qui vient est sensible
A l’aube de mon advenue en ce monde.
Le secret de notre être se niche
Dans une Parole originaire
Qui nous tire du néant à chaque instant.
MM
(1) Formule du poète Jean Grosjean
souvent évoquée par l'écrivain Christian Bobin.