
Le printemps modifie mon regard
Ces derniers jours, je remarque combien la luminosité et la moindre empreinte du froid sur mon corps et mon mental, génèrent de nouveaux réflexes et une transformation de la perception de mon environnement.
-Les pâquerettes de la prairie, dans toute splendeur modeste de leur éclat, égaillent le tableau devant la maison.
-Les bourgeons du cerisier font déjà naître en moi les saveurs de ce fruit rouge délicieux appelé "cerise". Je me souviens de la formule de Jean-Marie Pelt, dans un de ses ouvrages: "...le mot "cerise" (cerasus) viendrait d'un mot sanskrit, karaza, voulant dire : « Quel jus ! Quelle saveur ! »(1).
-J'aime surveiller la résurrection, progressive et lente, du bananier, après un hiver qui le met toujours à l'épreuve.
-Le pourtour de la mare se remet à vivre, la grenouille est de retour. Elle aime, comme moi, s'exposer au soleil pour retrouver l'énergie après la morte saison.
-Le jeune pommier semble bien parti, ce n'est pas gagné, il est jeune et frêle, comme moi, il sait que pour tenir et se fortifier il a besoin d'une sève qu'il faut savoir chercher au plus profond de soi.
-Le potager attend la main du jardinier. Avril arrive, il va falloir se lancer, croire sans défaillir que la confiance est patience, que la poussée germinale espère trouver en moi l'écho d'une connivence avec la nature en renaissance.
-Le kiosque, au beau milieu du jardin, espère déjà s'étourdir des paroles des convives venus s'éprendre d'une parole qu'ils savent précieuse en ces temps de retrait de la vie sociale.
-La mésange bleue surveille déjà le nid dans lequel elle prémédite fébrilement une couvée bien dissimulée, à l'abri des regards et des prédateurs, dans l'abri qu'elle investie de toute son énergie chaque printemps.
"Le printemps, ma saison préférée où fleure une transparence d'un renouveau si longtemps absorbé", Sonia Lahsaini.
Marc Maronne
(1) "Des fruits", Fayard, 1994.