
En cette journée des droits des femmes, on rend hommage à Marie Durand dont on parle encore aujourd'hui en visitant Aigues-Mortes .
Marie Durand n’est pas très connue en dehors du monde protestant
Emprisonnée dans la Tour de Constance;en 1730 à l’âge de 19 ans, au seul tort d’avoir reçu une assemblée protestante chez elle et avoir eu des contacts avec son frère prédicant. En janvier 1767, le prince de Beauvau, gouverneur du Languedoc, visite la tour, il est révolté par le sort des femmes encore emprisonnées et les fait libérer
Elle est restée en prison pendant trente-huit ans dans la tour et n’en sortira qu’en 1768, seulement huit ans avant sa mort. Après quatre décennies d’emprisonnement elle a toujours gardé ses convictions religieuses.
Elle symbolise ainsi le protestantisme toujours persécuté, mais luttant de manière non-violente pour maintenir la foi.Sa parole reste le symbole de la résistance à l’oppression du monde protestant.

Pour commémorer les 250 ans de sa libération, Réforme revient sur le parcours de Marie Durand et les idées reçues véhiculées à son sujet, avec la professeure Céline Borello.
Marie Durand est née en 1711, dans le Vivarais, aujourd’hui situé en Ardèche. L’édit de Nantes a été révoqué en 1685, les camisards se sont révoltés dans les Cévennes, le mouvement prophétique apparu dans la Drôme et l’Ardèche est en déclin. C’est un moment de formidable résistance et de désorganisation. Antoine Court et d’autres prédicateurs comme Paul Rabaut (à qui Marie Durand écrira certaines lettres) tentent de reconstruire les Églises protestantes. Ce dernier, opposé à la violence des camisards, défend une attitude de patience et de résignation en attendant des jours meilleurs, pour montrer au roi que les protestants sont respectueux de l’ordre afin que celui-ci revienne à l’édit de Nantes.
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Quelle est cette époque « du désert » ?
C’est la période qui s’étend de la Révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV en 1685, à l’édit de tolérance de Louis XVI en 1787. Cent ans d’interdiction du protestantisme, avec des périodes de persécutions très sévères, comme on va le voir. Les protestants en étaient réduits, pour les plus téméraires d’entre eux, à tenir des assemblées clandestines en dehors des agglomérations. Ce qu’ils ont appelé des cultes « au désert », pour faire écho à l’exode des hébreux pendant 40 ans dans le désert.
Je vous propose aujourd’hui de nous arrêter le 14 juillet 1730 dans le village de Pranles, dans le département actuel de l’Ardèche.

Marie Durand n’a pas été célébrée tout de suite, à son époque ?
Elle est longtemps restée dans l’ombre de son frère, le pasteur pendu en 1732. Ce n’est que 150 ans plus tard, vers la fin du XIXè siècle, qu’un ouvrage la met sur le devant de la scène. L’histoire puise souvent ses motivations dans le contexte où elle s’écrit. A cette époque – fin XIXè siècle, donc – il s’agissait pour certains de raviver la foi protestante, jugée trop molle et menacée dans sa conscience morale. Marie Durand devient alors une figure importante. (cf Yves Krumenacker, « Marie Durand, une héroïne protestante ? », in Clio, Histoire, femmes et société, 2009)
Comme le dit un historien protestant en 1914 : « il y a deux formes de résistance ; d’une part l’héroïsme momentané du guerrier qui combat, qui tue et qui meurt » – c’est l’exemple de Pierre Durand. « D’autre part l’obstination admirable, la résistance douce et prête à tout, de la conscience qui ne veut pas plier » – et c’est l’exemple de Marie Durand. Une vision assez sexuée, sans doute, mais qui au moins valorise une femme dans le protestantisme !
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