
DANSE Tristesse en apprenant la mort du danseur Patrick Dupond. Grâce de l’avoir vu dans le « Boléro » sous la direction de Maurice Béjart qui, à l’époque, m’avait confié les liens qui, pour lui, se tissaient entre danse et spiritualité.
Extraits de notre conversation :
« À l’origine, la danse est un art sacré. En Inde, la danse est d’origine sacrée, en Chine également, dans la religion juive aussi où l’on voit le roi David danser devant l’Arche d’Alliance. Ce n’est que beaucoup plus tard, surtout dans le christianisme, que la danse a perdu son caractère sacré. Comme s’il fallait évacuer le corps de la religion. »
« J’ai été élevé dans un pensionnat catholique, le Sacré-Cœur, à Marseille. J’y suis entré à quatre ans et j’en suis sorti après mon Bac-! J’ai donc effectivement baigné fortement dans une culture chrétienne qui a nourri mes premiers regards sur l’existence. Mon père, le philosophe Gaston Berger, se passionnait pour les questions spirituelles. J’ai donc bénéficié d’une double influence-: le catholicisme classique transmis à l’école (j’allais à la messe presque tous les matins et j’étais même enfant de chœur-!) et cette fenêtre ouverte par mon père sur les autres religions et les spiritualités orientales. J’ai su, très tôt, qu’il y a plusieurs chemins qui mènent à Dieu… »
« Le soufisme est totalement originaire de l’Islam, nourri de la tradition de l’Islam, mais il est aussi ouvert à toutes les religions. C’est tout le contraire d’une religion fermée, sectaire, violente… C’est effectivement une tradition mystique. Lorsque je l’ai rencontré, je me suis retrouvé comme chez moi car, depuis l’adolescence, j’étais un fervent lecteur de Jean de la Croix, le grand mystique chrétien espagnol. J’ai trouvé chez ce maître soufi la même voie spirituelle. Chacun était dans sa tradition mais ils se rejoignaient sur l’essentiel, c’est-à-dire la quête de Dieu. »
« Il y a, bien sûr, des moments dans ma journée réservés à la prière et à la méditation. J’ai absolument besoin de silence et de solitude. Le soir, notamment, j’accepte rarement de sortir. Je rentre chez moi pour lire, méditer, écouter de la musique… Mais attention à ne pas voir, dans cette attitude, une sorte de dichotomie entre ces moments de prière et le reste de la journée. La Présence est constante… »
« S’unifier, c’est se donner les moyens de se trouver…Le chemin spirituel authentique est, je crois, celui qui nous fait passer de la dispersion à l’unité. Il nous faut sortir de Babel et des eaux du Déluge pour retrouver le Paradis, c’est-à-dire l’unité perdue avec Dieu… »
« S’il faut un mot pour essayer d’approcher Dieu, ce mot, c’est évidemment «amour». C’est le seul, je crois, qui ne travestit pas l’image de Dieu. Mais encore faut-il bien l’employer et le définir. «Si tu veux être libre, soit captif de l’Amour », dit une sentence soufie… »
A la mort de Maurice Béjart, Patrick Dupond aura ce mot : "Il est sans doute déjà en train de faire danser les étoiles."
(c) B.Révillion