Christiane Singer ou Du bon usage des crises
Que manque-t-il à ces maisons de retraite construites avec une efficacité excellente, avec des portes automatiques pour les chaises roulantes et une hygiène irréprochable pour que les vieilles personnes n’y dépérissent pas? Ne sommes-nous pas tellement occupés par les installations sanitaires que nous ne voyons pas leurs yeux qui cherchent nos yeux? Nous nous battons pour l’équité, pour la justice mais nous avons de la haine au ventre pour les criminels. Nous nous indignons de la dégradation de la nourriture, de la qualité immonde de la viande et des légumes, des fruits, des ignobles manipulations, et la colère que nous éprouvons aggrave la haine et l’empoisonnement. L’état de ce monde me révulse, m’indigne, me déchire, et c’est mieux que l’indifférence, mais rien ne sera changé si je n’entre pas dans la compassion. La vérité ne peut être une massue dont on assène un coup sur la tête de son voisin ; elle ne peut être que ce vêtement de compassion dont je couvre ses épaules. Tout reste inutile jusqu’au jour où, confronté à la désertification des cœurs humains et de la planète, nous fondons une oasis. Ô pas plus grande d’abord qu’une graine au fond de la main, pas plus grande qu’une graine au fond du cœur. Dans la nuit de Pâques, en certaines régions, les feux de Pâques brûlent partout dans la colline et dans la montagne. On les voit et on se dit : là aussi des hommes et des femmes montent la garde contre la nuit et veillent, attendent l’aurore, y croient.
Le miracle de l’amour, c’est d’être debout dans la nuit, plein de silence dans le fracas de l’insignifiance, plein de louange au milieu de la haine.
Christiane Singer
Ou cours tu, ne sais tu pas que le ciel est en toi ?