La suite de la vie et du peuple des Halles , qui continue demain ....
Merci de votre passage amical
Une maraîchère endormie aux Halles, vers 1930-1932 - Photo Brassaï
Les charretiers arrivaient avec leurs chevaux « le cheval arrivait alors que le gars dormait ».
Cette scène bien connue évoque Le Ventre de Paris de Zola. « [...] Et les chevaux allaient tout seuls,
la tête basse, de leur allure continue et paresseuse, que la montée ralentissait encore ».
Ils ont été au fur et à mesure remplacés par les routiers.
M. Lesur, fort des Halles, 1938

Au début du XXe siècle, leur tenue de travail particulière permettait de les identifier d’un coup d’œil :
une blouse en grosse toile, un chapeau à larges bords retombant à l’arrière sur les épaules et plombé
pour supporter le poids des charges (le « coltin » ), et surtout la médaille aux armes de la ville de Paris.
Les chefs se reconnaissaient à la médaille en argent, tandis que les simples forts portaient une médaille en cuivre.
Recrutement des Forts des Halles 1948

Les forts représentaient l’élite du marché. Pour devenir fort, il fallait passer un concours, après en avoir
fait la demande à « Monsieur le Préfet de police ». Il fallait alors porter deux cents kilos sur une distance
60 mètres, passer les épreuves de dictée (avec une note éliminatoire) et d’arithmétique, être de nationalité
française, mesurer au minimum 1,67m, et avoir un casier judiciaire vierge.
On comptait sept cents forts dans les Halles de Paris avant leur déménagement en 1969.
Les Halles de Paris comptaient 10 pavillons principaux, dits Pavillons Baltard, du nom de leur architecte.
Ils ont été construits de 1854 à 1874. Deux pavillons supplémentaires, les n°1 et 2 l'ont été par la suite,
en 1936, autour de la Bourse du Commerce.
Chacun des 10 pavillons avait alors sa spécificité : le n°3, la viande ; le n°9, le poisson...
Le Carreau proposait fruits et légumes et s’organisait dans les allées couvertes et sur les voies publiques alentour.
Le Président René Coty et Madame Germaine Coty, le 1er mai 1954
Il était assermenté et pouvait verbaliser.
La profession était reconnue, et les forts des Halles étaient reçus tous les 1er Mai par le Président
de la République, à qui ils remettaient le traditionnel muguet.

Photo Thomas Mc Avoy 1957
Les marchandes au petit tas faisaient partie des figures des Halles. Leurs emplacements se situaient
autour des pavillons n°7 et n°8. Elles vendaient essentiellement des légumes de seconde main comme
des oignons, choux, poireaux, pommes de terre, mais aucun fruit ou autre denrée. Elles ne pouvaient
pas vendre au poids où à la mesure, uniquement à la botte, donc « au petit tas » par rapport aux quantités
négociées sous les pavillons et sur le carreau.
Elles s’installaient après le départ des approvisionneurs et cultivateurs, une fois le balayage fait, et elles
évacuaient leur place à la nuit tombée. Elles étaient aussi abonnées, et possédaient des numéros de place.
Près des Halles 1957 - Photo Peter Miller
En outre, le voisinage des quartiers de la prostitution avec la rue Saint-Denis, la rue Quincampoix,
était considéré comme un avantage : « il y avait tout ce qu’il fallait!».
Tous, hommes et femmes, signalaient le plaisir d’être aux Halles, la joie d’arpenter les rues,
d’« être de la rue, l’« ambiance » liée à tous les plaisirs : manger, boire, « rigoler », qu’ils disaient
ne pas retrouver dans un autre environnement.
La rue Montorgueil, vers 1960
Le décret de transfert des Halles à la Villette et à Rungis a été signé le 24 décembre 1965.
Dès 1965, les principales mesures ont été prises prises, mais les habitants et les marchands des Halles
ont eu peine à croire à la réalité du déménagement.
Les commerçants auraient dû quitter les Halles pour Rungis en novembre 1968, mais ils ont résisté à
la décision jusqu’au 28 février 1969, que l’on a appelé « la dernière nuit des Halles ».
Une approvisionneuse
Les Halles étaient remplies de métiers spécialisés et de petits métiers dont les termes doivent être
expliqués et traduits : « approvisionneuse, gardeuse, tasseur, fort, renfort, porteur, commissionnaire,
mandataire ». Tous concourent à l’organisation générale. Chaque métier a son histoire, ses pratiques et ses gestes.

La gardeuse, par exemple, était chargée de surveiller la marchandise de l’acheteur jusqu’à ce qu’il vienne
la récupérer, une fois sa tournée des Halles terminée. La doyenne des gardeuses en organisait l’activité.
L’approvisionneuse vendait des produits achetés aux maraîchers, qui les livraient aux Halles dans la nuit.
Rue Pierre Lescot
Le tasseur montait des tas de légumes (en bottes et en vrac), ou des sacs tout faits de marchandises.
Parfois, il était englouti sous ses navets ou ses chou-fleurs.







