
MARIKPA OU L'IGNORANCE (1/2)
II est nécessaire, tout d'abord, d'avoir une véritable compréhension de ce que nous sommes et de la nature intime de bouddha. Tous les êtres sans exception, notamment les humains, ont des qualités intrinsèques de sagesse et de compréhension qu'il suffît de laisser réémerger. L'aspect de sagesse est déjà présent, mais il est temporairement recouvert par marikpa. Ce terme signifie : être dans l'état d'ignorance, ne pas être conscient des pensées qui nous animent ni du sens de nos actions.
Pour réaliser la nature de bouddha, on apprend à devenir conscient de l'état d'ignorance afin de le transformer. Tous les enseignements du Bouddha ont pour objectif premier d'apporter un éclairage sur ce qu'est l'ignorance, sur ce qu'elle implique et sur la manière d'y remédier. Beaucoup d'enseignements expliquent que le plus important est de prendre conscience de ce qui se manifeste dans l'esprit, pour ainsi comprendre les conditions où sont plongés tous les êtres, dont nous-même. Si nous entreprenons une action, il s'agit de l'exécuter en connaissance de cause.
Les enseignements du Bouddha conseillent de s'entraîner sans rechercher de solution extérieure. Nous avons trop souvent tendance à penser que l'extérieur est l'unique source d'intérêt, et notre attention s'y porte naturellement pour en recevoir des bienfaits. Cela est vrai en partie, mais il faut voir que l'essentiel est en nous-même et que c'est à notre propre esprit de s'entraîner. Si l'on comprend que toutes les solutions sont déjà présentes en nous, on peut exercer l'esprit à prendre plus profondément conscience de sa propre nature, à être de plus en plus présent à lui-même.
Pour remédier à la confusion qui naît de cette habitude de sans cesse porter l'attention vers l'extérieur, on essaie de se tourner vers soi-même et d'observer l'état dans lequel on se trouve. L'esprit est semblable à un éléphant sauvage qu'il faut progressivement apaiser et maîtriser, de façon à canaliser ses grandes capacités dans un sens positif. L'esprit est vagabond. En l'observant, on prend conscience de la situation dans laquelle on se trouve et des émotions perturbatrices, sources de tension et de confusion à l'intérieur de nous. L'ignorance dont il est question ici ne doit pas être entendue dans le sens de stupidité ou de manque d'éducation : elle renvoie à un état qui peut être clair en soi, mais dont on n'a pas conscience. Plutôt que de parler d'ignorance, on devrait dire "le fait de ne pas avoir conscience". La plupart du temps, nous sommes dans un état d'esprit limité, et pourtant l'esprit peut dépasser ces limites car il possède une dimension illimitée. Ce manque de conscience de l'état illimité de l'esprit nous plonge dans l'ignorance.
L'esprit est très actif pendant la journée ou la nuit, mais une dimension de liberté est perdue à cause du manque d'espace entre les pensées ; l'esprit en lui-même est clair, mais temporairement enfermé dans certaines limites. Au début, on ne sait même pas qu'on possède ce potentiel. Une fois qu'on l'a découvert, on tente d'en prendre véritablement conscience, mais on se heurte à la difficulté de trouver l'espace permettant une telle prise de conscience car l'esprit est toujours préoccupé par des pensées : en regardant à l'intérieur, on s'aperçoit qu'un flot incessant de pensées nous bloque continuellement. Il est très important de retrouver cet espace qui permet de s'ouvrir aux qualités de bouddha.
Jigmé Rinpoché - Maitriser son esprit.