Notre système de vie aseptisé
Nous empêche d'apprivoiser la mort.
Je suis fatigué, épuisé, excédé,
Je ne supporte plus ce tintamarre immature autour d'un masque en tissu.
J'ai écouté hier soir, le fameux Pr Raoult sur BFM,
Je n'ai pas d'avis sur ses positions médicales,
Mais constate que cet homme très pragmatique,
Me paraît avoir du bon sens et surtout
Une bonne connaissance de la sociologie
Et de la psychologies de la maladie.
Il a dit et répété une conviction que je partage,
Fruit de mes propres constats personnels.
Les virus et les maladies sont révélateurs
De notre manière de concevoir la vie et la mort.
Ce qu'aura révélé ce confinement
C'est la peur maladive de nos sociétés.
La technoscience et la médecine biomédicale
Nous ont mis dans la tête que l'essentiel
Est de ne pas être privé de santé physique et mentale,
Comme si le but ultime et exclusif de notre vie était
D'avoir un corps sain dans un esprit sain,
Mais quelle vie, alors, pour ceux dont "le métier"
Est de vivre avec leur maladie toute leur vie durant?
Ce virus, on ne le dit pas assez, a littéralement
Renversé ce mythe de bonne santé.
Pour affronter une pathologie inconnue
Les chercheurs du monde entier,
Pourtant reliés par les réseaux et les technologies
Pour favoriser le travail collaboratif,
Ont dû avouer sur tous les plateaux TV
Leur méconnaissance du sujet
Et leur incapacité à trouver des solutions.
Ce qui m'a frappé dans l'interview avec le Pr Raoult,
C'est sa tranquillité et sa sérénité,
Et surtout son bon sens inscrit sur un doigt de sa main gauche:
une bague en forme de tête de mort.
Cet homme sait, en médecin praticien,
Qu'il faut savoir être pragmatique et efficace
Pour tout imaginer et soulager un malade,
Au risque de transgresser les règles centralisées
Sans oublier que la mort est intimement intégrée à la vie,
Que cette dernière est rendue possible
Grâce à l'articulation vie/mort
Qui structure la relation au Vivant.
Je suis convaincu, et de plus en plus, au fil du temps,
Qu'être en bonne santé est très important
Mais que l'essentiel est ailleurs,
Dans une conviction qui pourrait nous vacciner
De la peur obsédante de mourir.
Le sens de notre vie n'est pas dans le silence des organes,
Il est sans doute à chercher dans ce qui nous maintient
Vivant, y compris dans les pires conditions:
L'amour, la générosité, l'altruisme, la solidarité.
Je vous le dis tout à trac: je crains cent fois plus
Le risque d'être bête et ignorant,
Que le risque à chaque instant d'être affronté
A la perspective de mourir.
Je vais sans doute vous choquer
Mais c'est ma façon de sentir les choses de la vie:
La meilleure façon de vivre "en bonne santé"
C'est de se familiariser avec l'idée qu'un jour
Nous mourons, c'est-à-dire que nous muterons,
Nous nous transformerons...pour embrasser une Vie
Bien plus ample et abondante.
Marc Marronne