Et si la "sainteté" était un sain vaccin contre
la morosité du moment.
Aujourd'hui, c'est la fête de "Tous-les-saints", appelée aussi Toussaint. Je me demande bien d'ailleurs ce que signifie encore cette solennité dans le coeur et la tête des français et même des chrétiens catholiques.
Je me questionne moi-même, et me demande aussi, comme souvent, ce que cette fête représente encore pour les catholiques du monde entier. Je crains, la-aussi, que cette question ne me ramène à la responsabilité que l’Église doit sentir dans son corps sur les raisons qui l'ont poussé, historiquement, à ne retenir que la partie émergée d'une fête souvent perçue comme vieillotte, usée et peu adaptée à l'esprit à la fois routinier et novateur de l'homme dit "moderne".
"Toussaint", voyons voir, d'abord comment ce mot résonne en moi, comme il peut m'aider à vivre mieux les jours difficiles de cette crise qui n'en finit pas de m'exaspérer et de me pousser à constater combien le progrès médical et scientifique doit rester modeste et humble. "Toussaint" me renvoie au mot "saint". Mot difficile et ô combien abandonné de l'usage courant, tellement l'homophonie de sein et de sain a pris le dessus. Oui, les trois mots ont bien de mal à cohabiter, disons à provoquer en moi une convergence sonore poétique, symbolique et peut-être existentielle.
Le mot "saint" n'a plus court. Plus du tout. Il est trop chargé de son poids à exprimer une perfection que nous devrions habiter de tout notre foi, en l'homme et en Dieu. Un saint, je suppose que ça reste encore un vieux truc fait pour nous faire croire qu'il y aurait des humains capables de se surpasser et de laisser une trace susceptible de nous tirer vers plus de plénitude et de perfection. Oui, il me semble que le saint chrétien reste encore lié à l'idée d'un perfectionnisme inaccessible. Combien de fois entend-on encore l'expression "je ne suis pas un saint, je reste un pauvre humain en chemin".
Il faudrait des heures et des ouvrages entiers pour essayer de comprendre ce mot dans la culture actuelle. Très concrètement, je vais me cantonner à ce qu'il continue de me dire, malgré tout, pour m'aider à avancer sur mon chemin de vie. Pour moi, le mot "saint" renvoie à une réalité existentielle bien différente que la connotation courante largement promue par une conception idéaliste et déconnectée du réel. Il me plait de croire que ce mot m'enveloppe du désir de vérifier que, dans ma vie, je suis un pauvre type, comme vous, mais je suis aussi quelqu'un qui vaut vraiment le coup d'être connu, comme vous. Ce mot m'indique une direction, une orientation, une ouverture que je peux expérimenter chaque jour quand la réalité me renvoie au raz des pâquerettes de l'actualité banale, fade, triste et parfois cruelle.
Je viens d'ailleurs de réaliser en écrivant, que ce mot Saint et proche du mot "vaccin". Cela me donne envie de finir ce billet en vous disant que je souhaite que cette fête de Tous-les Saints vous soit une saine protection contre les maux qui nous empêchent de devenirs des saints, c'est-à-dire des hommes et des femmes soucieux de donner une ampleur et une abondance à la vie présente.
MM