
La joie consiste à être lucide et
à voir plus loin que notre abattement du moment.
Je vais sans doute vous étonner, mais je suis content. Oui, content, ou plutôt habité par une petite joie discrète qui me dit que je ne dois pas céder aux sirènes bruyantes de la morosité, de la plainte et de la récrimination incessante. Ne croyez pas que je veuille ainsi banaliser et négliger l'aspect rugueux et souvent dramatique de l'actualité.
Je sais très bien que le monde en moi et autour de moi, n'est pas un paradis enjoué et encore moins un long fleuve tranquille. Je suis conscient de cela, et je fais mon possible pour rester sensible à la souffrance et à la détresse de beaucoup de personnes en ce moment difficile de l'histoire. Ce que je ne veux pas, c'est que la réalité inquiétante du moment ne me fasse désespérer de ce qui me tient le plus à coeur: le maintien de mon énergie intérieure pour, justement, avoir davantage de force pour faire face et accompagner dignement la crise sanitaire et sécuritaire actuelle.
Oui, je maintiens, je suis content, et fier de vous l'écrire. Je crois que ce sentiment est sincère et authentique, il n'est pas une figure de style pour vous provoquer, et alors que tout nous pousse à désespérer et à baisser les bras, contrariés que nous sommes par tant de bouleversements autour de nous.
Une petite nuance toutefois, si vous le permettez. Je ne crois pas être un "content" béa, niais et provocateur. Je pense pouvoir affirmer que cette petite joie modeste m'est donnée par un regard que j'essaie de porter sur la réalité autour de moi. La vraie joie n'est pas enthousiasme délirant et irresponsable. J'éprouve le sentiment intime que la joie vient d'une graine à peine perceptible qui cherche à libérer sa sève au plus profond de nous. Elle est souvent capacité à traverser le combat terrible de certaines épreuves. Cette joie est faite d'un simple consentement à ce qui va bien autour de moi ce matin: le soleil, le caquètement des poules, le chant de la corneille, la rumeur du monde à l'horizon, les couleurs de l'automne, la compagnie des animaux, la beauté de la danse de l'écureuil dans la jardin, la mémoire de tous mes proches décédés mais si proches en ces jours où nous fêtons le bonheur véritable vécu par tous les Saints de l'histoire.
Joie aussi de savoir que je peux agir, prier, réfléchir pour transformer la réalité souvent violente, mais assurance sereine aussi que je ne peux pas changer la face du monde d'un coup de baguette magique. Peut-être que le ralentissement de l'activité dans les prochaines semaines me sera une bénédiction pour mieux comprendre que la joie n'est pas agitation éphémère, mais recueillement et possibilité de reprendre le souffle nécessaire à la bonne marche du monde.
Hier, une amie gravement malade et hospitalisée depuis un mois, m'a envoyé un SMS dans lequel elle m'exprimait sa joie "de pouvoir sentir une lueur d'espoir et une petite lumière au bout du tunnel". C'est peut-être pour cette raison, ce matin, que je vous parle de ma joie?!
Marc Maronne