
La fête de Toussaint pointe son nez
La fête dite de "Toussaint" va bientôt pointer le bout de son nez, concurrencée désormais par Halloween en mal de succès depuis quelques années.
Que dire de la fête de Toussaint, souvent synonyme de fête des morts et de festival de fleurs dans les cimetières. Dans ma mémoire, cette fête à l'orée de l'hiver, a tendance à me plonger dans des souvenirs gris et mélancoliques. Comme si mon entourage, lors de ma jeunesse, avait greffé en moi des images de mort, mais aussi de tournées sur les tombes de la famille. Je me souviens que mon père aimait se recueillir sur la tombe de son propre père. C'était l'occasion pour lui de prendre un peu de son temps dans la bousculade de son travail de paysan et de père de famille nombreuse. Il me revient qu'il aimait parler, en ces moments-là, de la vie autrefois, des manières de vivre et de travailler tellement différentes de la modernité. Ce que j'aimais par dessus tout, c'était de voir mon père blotti dans le silence et la paix de ce cimetière niché en léger surplomb de la vallée de Cheylade dans le Haut-Cantal, au coeur du massif volcanique qui voisine avec le très touristique Puy Mary.
Oui, la fête de Toussaint, n'est pas la fête des morts, pour les chrétiens, elle est une solennité de la communion des saints qui ont jalonné l'histoire de l’Église catholique. Personnages connus ou inconnus qui restent comme des phares sur la route des hommes. Des hommes et des femmes qui ont pris à bras-le-corps leur destin pour tenter d'en faire une œuvre de beauté, une destinée bienheureuse à la suite de Celui qui sut faire de sa vie un don total de Lui-même, par Amour. Le Christ.
En ces jours qui vont nous acheminer vers cette fête peu connue, populaire mais encore bien peu "christianisée", il me plaît de vous raconter une courte histoire vraie. Je me trouvais un jour devant le caveau d'un membre de ma famille décédé brutalement dans la force de l'âge. Une dame s'est approchée de moi et m'a demandé si je pouvais lui prêter le piètre arrosoir que je tenais dans mes mains. Ce que je fis de bonne grâce. Lorsqu'elle revient elle me dit que "je lui avais fait du bien". Je ne compris pas du tout ce qu'elle signifiait ainsi et lui demandai ce qu'elle voulait dire. Elle me répondit que son époux venait de mourir et que sa tristesse de se retrouver seule était immense et insupportable. Elle ajouta que mon silence et mon recueillement lui avait fait un bien fou. Je ne sus que répondre et balbutiai quand même "que le silence des disparus nous fait du bien, à nous les humains, il nous rappelle notre condition de mortel appelé à redoubler d'amour pour ceux que nous aimons". Je vis couler quelques larmes sur les joues de l'inconnue qui disparut sans le moindre mot dans la nuit presque tombée.
Je n'ai jamais revu cette vieille dame, mais pense souvent à elle lorsque la tristesse vient caresser mon âme en peine. La Toussaint est aussi une fête qui nous réserve la joie de rencontres imprévues susceptibles de soulever en nous une espérance discrète, mais réelle.
Marc Maronne