Fragment du passé et sensation du présent
pour "éterniser" le temps.
La période de confinement actuelle me rappelle chaque jour un peu plus que l'écriture que je fréquente depuis si longtemps est une manière de retour vers soi qui exige solitude et silence. Non pas un repli égocentrique et séparateur mais un retrait nécessaire à la montée d'une parole vive à l'intérieur de soi.
Il vous est sans doute arrivé de faire cette expérience même si elle ne s'appuie pas sur le geste de l'écriture. Sûrement que vous avez déjà senti un souvenir vous envahir et vous ramener à un moment fondateur de votre existence. Je veux parler de ces instants où il nous semble que le temps est suspendu et que la convergence du présent et de ce souvenir vous fait vibrer à une source revigorante. Il m'arrive, personnellement, de ressentir ce type de mouvements intérieurs lorsqu'un fait du passé est subitement réactivé en moi par un événement présent. Un oiseau qui sautille sur le balcon, le chat qui roupille profondément, un claquement de porte, une odeur, un geste machinal, une vision, peut provoquer en vous cet écho qui fait sens.
Tenez, l'autre jour, j'étais en train de remuer la terre pour planter des fraises lorsque j'ai revu, dans un flash arrière de ma mémoire, les instants douloureux de ma vie où la plantation de ces mêmes fruits m'était devenue un remède bienfaiteur pour panser une solitude forcée. La convergence de ces ressentis séparés par plus de vingt cinq années produisit en moi un frisson esthétique. Comme si cet entrechoquement de mémoire voulait m'inviter à entendre les plus belles sonorités de mon existence.
Apprendre à être attentif à ces résonances, voilà ce qui peut réellement vous aider à discerner dans votre vie un continuum, une trame qui tisse la toile de votre parcours de vie. Cette période de confinement, avec sa pédagogie du ralentissement et du recueillement, sera propice, je l'espère, à cueillir soigneusement ces perles de notre existence pour en faire un beau bouquet offert à notre émerveillement.
Je ne serai pas surpris si ce temps présent gratuit, offert à nos vies, écrivait une belle page de notre histoire personnelle. Alors peut-être aurez-vous compris que l'acte d'écrire n'est pas un exercice de style pour faire beau mais une condition sine qua non pour goûter dans la solitude et le silence une parole douce qui a du sens pour nos existences.
MM