Le confinement est un ravissement,
Depuis longtemps je rêvais de prendre mon temps,
Ou du moins de laisser le temps s'éprendre du bon temps.
Le temps du confinement m'est un ralentissement bienfaisant,
Un enfermement susceptible de me libérer de tous mes tourments.
De cette vie comme fuite en avant,
Me voici retiré loin des hommes pressés
Pour enfin répondre à l'urgence de m'arrêter.
Évidemment, il y a aussi tous les emmerdements,
Cette course effrénée à tenter de freiner le virus déchainé,
Tous ces mal-logés perchés au balcons de nos cités.
Je voudrais tant que le mal de ce printemps
Ne soit un tremplin pour diffuser le bien,
Passerelle bienfaitrice entre les humains.
Je n' attendrai le délai imposé pour les autorités
Pour sortir de chez moi et courir dans les prés,
Je sais depuis longtemps que la liberté
Est travail d'engendrement,
De très longue durée.
Si les masques servent à tisser une solidarité nouvelle,
Je veux bien donner de mon temps
Pour recoudre le monde en morceaux.
Ne comptez pas sur moi pour couvrir mon visage,
En cette période de l'histoire où chaque visage à découvert
Doit pouvoir illuminer un monde à refaire.
Mais qui donc trouvera un vaccin
Contre la cupidité, la bêtise, la haine,
La jalousie, l'ignorance, les puissances obscènes.
Si je mets un masque,
Ce sera pour me protéger d'un mal rebelle
Bien plus grave que l'épidémie actuelle.
Si je dois prendre mes distances,
Je le ferai en toute bonne conscience,
Sachant que le mal suprême dans l'air respiré,
Mais le souffle d'une civilisation à réinventer.
MM